Le Plaidoyer des ONG au Conseil des Droits de l’Homme

Lorsque l'on considère la participation au Conseil des droits de l'Homme, des ONG doivent garder à l’esprit les points suivants. Le plaidoyer, pour être efficace, doit être basé sur la continuité et être structuré de façon méthodologique. Les étapes suivantes doivent être prises en compte : la planification, la réalisation, le suivi des contacts (ou follow-up) et le suivi de projet.

En parallèle de ces mesures, le plaidoyer au niveau international et particulièrement au Conseil des droits de l'Homme, ne doit pas être perçu comme un outil unique. Les défenseurs des droits de l'Homme doivent s'appuyer sur tous les mécanismes à leur disposition, et coordonner leurs efforts au niveau international avec les mécanismes régionaux, nationaux et locaux afin d'atteindre leurs objectifs.

Les points clés qui doivent dicter votre interaction avec les autres acteurs sont la credibilité et le renforcement des relations, si vous souhaitez réellement avancer dans votre stratégie de plaidoyer.

S'organiser en amont du Conseil

Les ONG doivent tenir des réunions consultatives locales ou nationales avant d’arriver au Conseil des droits de l’Homme afin de définir des objectifs atteignables, une stratégie de plaidoyer globale, et un calendrier de réalisation de la stratégie. Vous devriez toujours suivre une approche intégrée entre les niveaux internationaux, régionaux, nationaux et locaux. Voici quelques astuces pour mieux préparer son plaidoyer lors de conférences internationales.

Tenir des réunions nationales avant CDH afin de :

  • Définir des objectifs atteignables : C’est une question de crédibilité et de garder l’intérêt de votre interlocuteur. Vous pouvez opter pour une division d’un objectif large en plusieurs objectifs plus précis, chaque petit objectif devenant ainsi une étape à franchir sur plusieurs sessions du Conseil. Des objectifs trop prétentieux vous mettent dans une situation risquée de paraitre peu professionnel - le changement ne se produit pas en une nuit.
  • Elaborer un calendrier pour votre plaidoyer : Décidez quels objectifs doivent être atteints durant quelle session - surtout si votre plaidoyer concerne un thème transversal comme les droits LGBT qui peuvent aussi bien être abordé sous l’angle de la santé que celui du droit des femmes.
  • Développer sa stratégie : Identifiez si vous devriez organiser une réunion avec votre délégation étatique, trouvez des alliés potentiels et des délégués à approcher lorsque vous serez sur Genève. En identifiant les acteurs pertinents qui ont montré un intérêt dans votre cause dans le passé, vous optimisez votre temps en les rencontrant en priorité.
    - Concernant les Etats : Pour des priorités thématiques, vous pouvez regarder sur les site internet des Ministères des affaires étrangères, sur notre sondage concernant la priorité des pays, et sur l’Extranet pour les votes de sessions antérieures. Pour des thèmatiques pays, la base de données de Human Rights Watch permet de voir les archives de votes.
    - Concernant les ONG : Trouvez des ONG basées à Genève sur le site de la Genève Internationale, ainsi que les ONG ayant le statut ECOSOC sur la base de données de l’ONU. L'Extranet peut également vous aider pour trouver des ONG qui organisent des évènements parallèles ou qui font une déclaration orale au Conseil.
    - Concernant les agences de l’ONU : elles ont pour la plupart des représentants présents au Conseil qui peuvent être invités à parler durant des évènements parallèles organisés par des ONG ou des missions permanentes. Ces représentants peuvent vous aider à vous créer un réseau et à augmenter votre visibilité ou vos fonds pour votre projet. Vous devriez chercher les organisations internationales présentes à Genève pour voir lesquelles travaillent dans votre domaine.
  • Arriver sur Genève quelques jours avant le début du Conseil : les délégués auront plus de temps à vous accorder en dehors du Conseil.

Une fois que vous avez tenu des réunions nationales et que vous avez déterminé votre stratégie de plaidoyer, vous devriez :

  • Combiner votre travail en interne avec votre plaidoyer national : organisez des conférences de presse et des évènements afin de médiatiser votre ONG et créer de nouveaux partenaires.
  • Rencontrer les diplomates d’ambassades dans votre pays : Cela renforcera votre crédibilité en amont de vos rendez-vous avec des diplomates à Genève.
  • Publiez des lettres ouvertes :
    - Elles doivent apporter une information claire et concise
    - Elles doivent énoncer un problème clair et un objectif réaliste
    - Elles doivent appeler à l’action et non pas faire d’accusations

N’oubliez pas : pour organiser un évènement parallèle, vous devez vous enregistrer et faire une demande de sale (la date limite étant environ un mois avant la session). Les évènements parallèles ne peuvent être organisés que par ou en partenariat avec une ONG ayant le statut ECOSOC.

Ressources pour préparer sa stratégie de plaidoyer au niveau international

Le plaidoyer au Conseil des droits de l’Homme

C’est durant cette période que la plupart des acteurs qu’il vous faudra contacter se trouveront au même endroit au même moment. Tout dans le but commun de rencontrer des personnes pour se faire entendre. Comment être sûr d’être entendu ?

Rappelez-vous que les sessions plénières ne sont que le reflet du travail de plaidoyer obtenu lors de réunions précédentes ou d’évènements informels. Les représentants d’Etats ayant besoin de l’accord de leur pays, rencontrez-les tôt !

L’étiquette et la crédibilité à l’ONU :

  • Gardez en tête que l’ONU dispose de ses propres règles : Les ONG doivent respecter les règles de sécurité imposes à tout moment. Restez dans les zones autorisées par votre badge, et ne distribuez vos documents que dans les lieux réservés aux ONG.
  • Si vous travaillez sur un sujet très politisé ou sensible, souvenez-vous que les parties opposés tenteront de vous créer des problèmes. Donc gardez votre calme à tout moment ou il vous sera demandé de quitter la salle voire l’ONU.
  • Pensez comme un Etat, parlez comme un Etat, écrivez comme un Etat (et habillez vous comme un Etat) :Utilisez la terminologie de l’ONU, le langage trouvé dans des résolutions précédentes ou dans les déclarations orales et écrites de diplomates. Cela renforcera votre crédibilité et attirera les Etats vers votre information, puisqu’ils pourront la retransmettre facilement et rapidement.

Organisez des meetings and créez des relations avec vos partenaires :

  • Organisez vos meetings à l’avance :gardez en tête que les délégués et autres acteurs seront très occupés, donc n’attendez pas la dernière minute pour demander un rendez-vous.
  • Faites gagner du temps à tout le monde : tenez les réunions en groupe avec les Etats d’un même groupe régional ou ayant des intérêts communs. Rencontrez des partenaires directement au Bar Serpent pour réduire vos temps de déplacement.
  • Organisez efficacement vos rendez-vous : fournissez des informations dans le langage onusien, de préférence en réutilisant des résolutions précédentes. Si vous travaillez sur des questions concernant des pays spécifiques, surtout si cela concerne des minorités, soulignez l’impact sur les droits de l’Homme plutôt que de dénoncer un gouvernement.
  • Entrainez-vous avec vos collègues : particulièrement concernant la présentation de votre projet.
  • Maintenez un lien avec les missions permanentes qui ont été sensibles envers votre cause dans le passé, afin de renforcer votre relation.
  • Répartissez-vous : maximisez vos ressources humaines en gardant seulement un représentant dans la salle plénière, les autres devraient être actifs en rendez-vous avec des partenaires ou en participant aux divers évènements.
  • Profitez de Genève : combinez votre plaidoyer au Conseil des droits de l’Homme avec d’autres organes des droits de l’Homme. Interagissez avec vos partenaires pour augmenter vos chances que votre information soit intégrée à d’autres documents dans le futur.
    - Les assistants des Procédures Spéciales sont disponibles à court terme durant la session du Conseil pour rencontrer la société civile et sont situés à temps plein à Genève, rendant plus simple et plus intéressant de créer une relation à long terme avec eux qu’avec les titulaires de mandats.
    - Approchez les experts d’organes de traités si cela est cohérent avec votre projet et possible en fonction de votre agenda.
    - Prenez en compte l’agenda de plaidoyer pour l’EPU : rappelez-vous que le lobbying doit commencer entre 3 à 4 mois avant la session de l’EPU.
    - Si vous souhaitez obtenir le statut ECOSOC : tournez-vous vers le service de liaison pour les ONG du Palais des Nations pour tout conseil.
    - N’ayez pas peur de vous tourner vers d’autres agences de l’ONU : L'UNICEF, l'OIT et l'OMS sont particulièrement actives pendant la session du Conseil, même si d’autres sont également présentes.

Des astuces simples pour vos emails pour vous garantir un rendez-vous avec des partenaires :

  • Utilisez une adresse email officielle de votre ONG, ou mettez le nom de votre ONG dans les détails d’expéditeur. Cela aura non seulement un impact sur votre crédibilité, mais évitera surtout que votre email parte dans les spam.
  • Faites attention au titre de votre email : ne jamais utiliser ‘bonjour’ ou ‘besoin d’aide’, utilisez plutôt une indication du contenu de votre demande.
  • Ecrivez l’email dans une langue que l’équipe comprendra : un email dans une langue étrangère sera surement supprimé sans même avoir été ouvert.
  • Personnalisez vos emails avec le nom de la personne que vous souhaitez joindre, ou au minimum le nom de l’Etat.
  • Fournissez toute information disponible sur des contacts passés avec des collègues du même ministère (que ça soit à Genève, dans la capitale ou dans une ambassade locale) ou avec des délégations de l’UE si vous écrivez à un pays membre de l’UE.
  • Introduisez rapidement votre ONG : afin que votre lecteur sache quels sont vos objectifs et sur quoi vous travaillez.
  • Soyez poli : n'oubliez pas de remercier le lecteur pour son temps.
  • Soyez clair et concis : restez bref et ne tournez pas autour du pot, soulignez les point importants qui vous semblent centraux. Cela guidera votre lecteur et lui fera gagner du temps, demandez lui directement ce que vous attendez de lui (un rendez-vous, des fonds, etc.)
  • Formulez des recommandations cohérentes avec votre stratégie de plaidoyer globale. Faites attention à rester réaliste afin que le partenaire sache ce que vous attendez de lui, et qu’il puisse déterminer rapidement s’il peut ou non vous aider - cela vous fera gagner du temps à tous les deux.
  • N’envoyez pas de pièces jointes trop lourdes par email : afin d’éviter les problèmes d’ouverture du mail ou de saturation de la boite mail. Envoyez des liens vers des documents en ligne.
  • Effectuez un suivi par téléphone si vous ne recevez pas de retour après quelques jours.

Bien que cela soit une partie cruciale de votre plaidoyer, organiser des réunions à Genève ne peut être votre seule stratégie. Votre participation lors d’évènements organisés par d’autres ONG, lors de conférences de presse, et une communication avec des partenaires locaux est également essentielle pour une stratégie complète.

Créez une stratégie complète :

    Partagez les bonnes pratiques avec d’autres ONG
  • Soyez présent à la série d’évènements parallèles du Comité ONG des Droits de l’Homme pour les ‘nouveaux venus au Conseil des Droits de l’Homme’ qui se tient à toutes les sessions.
  • Visitez le NGO Welcome Desk – plus d’informations seront disponibles sur place.
  • Ayez une visibilité médiatique
  • Tenez une conférence de presse : rendez votre ONG et votre cause connues grâce aux conférences de presse au Club Suisse de la Presse, et diffusez l’information au niveau local.
  • Utilisez les réseaux sociaux : vous pouvez facilement informer vos followers, mais utilisez ces médias judicieusement.
  • Organisez un évènement Place des Nations : pour maximiser l’impact, essayez de l’organiser à 17h, heure à laquelle le personnel de l’ONU sort du bâtiment. Vous pouvez également distribuer des brochures.
  • Ne négligez pas vos partenaires locaux
  • Fournissez des mises à jour quotidiennes à vos partenaires nationaux pour les maintenir informés.
  • Vérifiez qu’ils exercent un lobbying sur les embrassades locales et ministres :le changement peut arriver de tout niveau !
  • Diffusez l’information : les gens ont besoin d’être informés de nouvelles lois ou droits afin que ceux-ci soient appliqués.
  • Traduisez toute décision ou document dans lesquels votre ONG a joué un rôle dans la langue locale afin que votre ONG atteigne le plus de monde possible. Souvenez-vous qu’il n’y a pas de droits d’auteurs sur les documents de l’ONU. Cela peut être particulièrement utile pour les thèmes sur les minorités.
  • Participation formelle
  • Préférez des évènements parallèles et déclarations groupés car cela augmente votre crédibilité, surtout si vous êtes une ONG moins connue. Cela est également vrai pour les communications aux Procédures Spéciales et soumissions pour l’EPU.
  • Entrainez-vous à lire votre déclaration à l’oral : gardez 20 secondes du temps qui vous est accordé, afin de ne pas vous faire surprendre par le temps et de perdre votre public en parlant trop vite. C’est particulièrement important si votre déclaration se fait dans une langue qui n’est pas votre langue maternelle.

N’oubliez pas : Les déclarations écritesdoivent être préparées à l’avance (date limite une semaine avant la session), et vous devez vous enregistrer pour toute déclaration orale. Vous devrez également confirmer votre évènement parallèle 48 heures avant qu’il ait lieu et envoyer une liste des participants au Secrétariat.

Ressources pour le plaidoyer des ONG pendant le Conseil des droits de l’Homme

Suivi

Les ONG devraient garder en tête qu’améliorer la situation des droits de l’Homme sur le terrain est un processus qui s’inscrit dans la continuité. Il est donc important d’interagir avec les acteurs concernés toute l’année, et non pas seulement pendant les quelques semaines de Conseil des droits de l’Homme. Les ONG devraient particulièrement garder un contact régulier avec les Procédures Spéciales et considérer le suivi avec tous contacts, actions ou communications comme faisant partie intégrante de la stratégie de plaidoyer.

Le suivi en général

La première raison qui doit vous inciter à faire un suivi post-Conseil est pour garder un lien avec les acteurs qui vous ont aidé à atteindre vos objectifs. Cela vous sera utile dans le futur pour vos projets et votre plaidoyer.

Le suivi permet également de créer un lien entre une résolution ou une recommandation et son implantation. Une résolution internationale est un bon début, mais il est de la responsabilité des Etats d’appliquer cette résolution. Les ONG ont un rôle crucial de contrôle concernant l’implantation, ainsi qu’un rôle d’avertissement en cas de violations. Cela est particulièrement nécessaire dans le cas du Conseil des droits de l’Homme et des recommandations de l’EPU, qui n’ont pas de nature contraignante. Les ONG devraient également tenir ce rôle de contrôle concernant les recommandations d’organes de traités.

  • Le suivi général post-conférence internationale : Les ONG devraient informer le public des nouvelles résolutions et recommandations, ainsi que de toute autre information pertinente. Elles devraient faire une synthèse des évènements parallèles qui sont liés à leur cause. En général, les ONG devraient travailler pour maintenir le réseau qu’elles sont parvenues à créer au fil des sessions.
  • Le suivi spécifique avec les acteurs institutionnels : si un Etat a démontré un fort intérêt pour votre cause, soit en faisant une déclaration ou en soutenant une résolution, il est important de les remercier et de les maintenir informés de l’évolution du sujet, que ce soit positif ou négatif.
  • Le suivi sur le long-terme de l’implantation d’une résolution : Les ONG devraient communiquer avec les experts et rapporteurs spéciaux afin de les garder informés d’une application ou non d’une résolution ou recommandation par un Etat. Informer les délégués et les médias peut également influencer un gouvernement concernant le respect de décisions.

Le suivi des recommandations de l’Examen Périodique Universel

Bien que ce soit de la responsabilité des Etats d’implanter une recommandation faite durant la session d’EPU, les ONG et la société civile en général ont une fonction importante de contrôle de l’implantation de nouvelles lois ou mécanismes, et d’informer concernant toute évolution de situations, bonne ou mauvaise.

Les ONG devraient encourager les Etats émettant les recommandations de faire un suivi des celles qui ont été acceptées à travers les bureaux bilatéraux de l’ambassade locale et de la capitale.

Le suivi des Procédures Spéciales

Un tiers des communications émises par les Procédures Spéciales proviennent d’informations issues de la société civile. Cela montre que les ONG et acteurs non-étatiques ont un rôle central à jouer pour informer des titulaires de mandats.

  • Suivi de lettres d’allégation et d’appels urgents (‘urgents appeals’) : vous pouvez par exemple pousser votre gouvernement à répondre, directement en approchant les membres du gouvernement ou les parlementaires, ou encore les institutions nationales des droits de l’Homme ou indirectement à travers d’autres acteurs nationaux, au niveau international à travers les agences onusiennes ou au Conseil des droits de l’Homme. Les médias nationaux et internationaux ainsi que des donateurs potentiels peuvent servir d’intermédiaires pour faire pression sur votre gouvernement et obtenir une réponse aux Procédures Spéciales. Une fois une réponse donnée, vous devrez agir en fonction de la réponse, notamment en vérifiant les déclarations des Etats  et informer les titulaires de mandats.
  • Le suivi pour informer les titulaires de mandats des Procédures Spéciales : Une fois que vous avez envoyé une communication, vous devriez maintenir le titulaire de mandate informé de tout changement : s’il y a de nouvelles informations ou, si une nouvelle communication envers un Etat a été émise, informez le titulaire du mandate de l’application (ou non) de la décision.
  • Le suivi des visites de pays : cela peut inclure la diffusion d’observations ou de recommandations  faites par le titulaire de mandate concerné au niveau national afin d’augmenter la pression publique sur l’Etat. Pour le suivi de lettres d’allégation, vous pouvez pousser votre gouvernement à agir en fonction de la recommandation reçue à travers les institutions nationales ou internationales et à travers les médias.
  • Lorsqu’un titulaire de mandate présente son rapport annuel : saisissez cette opportunité pour diffuser son contenu au niveau national et attirer l’attention internationale grâce à votre participation à la session du Conseil des droits de l’Homme sur le thème cohérent (vous pourrez soumettre une déclaration écrite, assister à la présentation du rapport et faire une déclaration orale et/ou organiser un évènement parallèle).
Ressources pour le suivi des ONG :

Suivi et Evaluation (ou ‘Monitoring and Evaluation’)

Le suivi et l’évaluation sont une phase cruciale dans le plaidoyer d’une ONG car ils vous donnent un aperçu du rendu global de votre stratégie. Cette phase est nécessaire non seulement pour vos donateurs qui vous demanderont un compte rendu, mais également pour que l’ONG évolue en fonction des résultats.

Pourquoi évaluer votre plaidoyer ?

  • Rendre des comptes aux donateurs : durant la planification et l’accomplissement de votre projet, d’autres acteurs ont donné de leur temps, compétences et fonds. En retour, ils peuvent vous demander un rapport ou une présentation afin de voir ce qui a été réalisé. Vous devrez être en mesure de répondre aux questions budgétaires ainsi qu’aux questions relatives à l’impact qu’a eu votre projet. Le plus d’informations vous serez en mesure de leur fournir, le plus digne de confiance vous paraitrez.
  • Développer votre stratégie de communication : comme mentionné plus haut, il vous faut communiquer et suivre divers projets pour votre stratégie de plaidoyer. Votre évaluation est un outil de communication qui peut servir à maintenir vos partenaires attentifs à votre projet : cela leur montrera l’efficience, le professionnalisme et la transparence de votre ONG.
  • Améliorer votre stratégie : faire un suivi et évaluer est la méthode la plus efficace et la plus structurée pour trouver les faiblesses et forces de votre stratégie. Avoir une vue réaliste du rendu de votre projet est nécessaire pour rendre vos futures actions encore plus efficaces.
  • Renforcer la cohésion interne : évaluer les forces et faiblesses est également important pour le management et la structure de l’équipe. Si votre projet a subi des discords internes, les résoudre fera partie de votre liste de priorités pour les futurs projets.
  • Créer une base stable pour vos futurs actions : vos membres et donateurs se baseront beaucoup sur la réussite de projets antérieurs. Montrer des résultats positifs les rassurera et facilitera vos recherches de fonds.

Questions à vous poser avant de rédiger votre rapport de suivi et d’évaluation

  • Pourquoi souhaitez-vous faire ce rapport ? Nous vous avons donné de bonnes raisons plus haut, mais vous devriez vous demander si c’est une étape complémentaire pour vos donateurs ou volontaire pour votre propre équipe. Si c’est une demande des donateurs, vous devrez très probablement suivre des étapes spécifiques décrites dans leurs modalités. Si c’est volontaire, demandez-vous ce que vous souhaitez savoir : cherchez vous une évaluation de l’ONG ou uniquement de la stratégie de plaidoyer ?
  • Quel sera votre auditoire ? Si vous créez un rapport pour des donateurs, vous devrez établir un bilan des entrées et sorties pour ce projet. Bien que les donateurs soient évidemment intéressés par l’aspect humain de votre action, ils demanderont également des garanties relatives à l’argent qu’ils vous ont donné. Si votre auditoire sera l’ONG elle-même, incorporez des questions de management. Vous pouvez utiliser les retours de votre équipe. Si votre suivi est axé vers la stratégie de communication de votre ONG, concentrez-vous sur l’impact humain de votre action : montrez comment des vies vont être améliorées. Incluez des témoignages et photographies, et n’oubliez pas d’inclure un bilan financier pour montrer la transparence de votre ONG.
  • De quels outils disposez-vous pour réunir les informations nécessaires ? Réussir à obtenir des informations aussi précises que possible est crucial. Pensez à la fois aux données quantitative et qualitative : les statistiques sont importantes mais ne peuvent pas montrer l’impact de votre action dans sa totalité. Pour les données quantitatives, rechercher les meilleurs moyens de les rassembler et identifiez quels changements sont mesurables de cette façon. Pour les données qualitatives, utilisez des témoignages de l’équipe ou de personnes directement concernées par votre plaidoyer. Vous pouvez utiliser des sondages à questions ouvertes ou des entretiens informels.
  • Comment analyserez-vous ces données ? Une fois que vous avez réuni ces donnés, une analyse structurée et précise vous permettra d’avoir une vision globale du résultat de votre plaidoyer. Réfléchissez à la personne en charge de rédiger le rapport: a-t-elle participé directement au projet ? Aura-t-elle un bon sens des priorités et fera-t-elle preuve de neutralité ?
  • Comment ce rapport sera-t-il diffusé ? Si vous comptez envoyer ce rapport à vos adhérents ou l’utiliser pour votre site internet, créez un rapport dynamique et simplifié. Sélectionnez les informations les plus pertinentes en fonction de votre méthode de distribution. Votre rapport doit être adapté aux lecteurs : créez plusieurs rapports pour chaque cas de figure.

Ce que votre rapport doit inclure

  • Activités : Dans cette partie, vous devriez dresser un aperçu des missions effectuées et des différentes étapes de votre stratégie. Expliquez les parties principales, telles que l’implantation du projet (la mise en place de la stratégie, les premiers jours du projet) et des évènements majeurs ainsi que des tournants dans le projet. L’idée est de permettre au lecteur de comprendre le projet et de le visualiser dans son ensemble.
  • Buts : Renvoyez vos objectifs de début de projet et vérifiez que vous les avez atteints. Dans les deux cas de figure, expliquez quelles ont été les causes de la réussite ou l’accomplissement partiel. Regardez en arrière et analysez chaque étape de votre stratégie.
  • Impact : Cela correspond aux données qualitatives que vous aurez recueillies. Votre action a-t-elle eu un réel impact ? Comment avez-vous incité au changement ? Montrez les évolutions majeures concernant votre cause et montrez que vous avez eu un impact (des nouvelles résolutions, recommandations, etc.).
  • Recommandations : Comment pouvez-vous améliorer votre plaidoyer? Quelles techniques ont été le plus efficaces? Quels ont été vos plus gros problèmes et comment pouvez-vous les résoudre ?

Rappelez-vous : Le plaidoyer se travaille dans la continuité et il faudra du temps et beaucoup de ressources pour qu’il ait un impact visible. Il est beaucoup plus difficile d’évaluer son efficacité car les données quantitatives sont peu nombreuses.

Les étapes pour un plaidoyer réussi

  • Préparez votre stratégie : adressez les causes de votre problème de façon simple et claire, pour garder votre interlocuteur intéressé. Il est important pour votre cause de ne pas être basée contre quelqu’un mais plutôt en faveur de quelque chose : c’est particulièrement vrai pour des causes concernant des pays en particulier, pour ne pas paraitre aller contre un gouvernement, mais plutôt pour un droit humain. Les recommandations et solutions proposées doivent être visibles dès le début pour montrer la crédibilité de votre projet.
  • Communiquez et créez-vous un réseau : ne vous contentez pas de votre propre travail, trouvez d’autres ONG avec qui vous pouvez travailler et créer une alliance. Les délégués vous prendront plus au sérieux et vous passerez en premier pour les déclarations orales. Communiquez sans arrêt : gardez vos adhérents nationaux et autres acteurs informés. Les conférences ne sont qu’une partie de votre stratégie.
  • Médiatisez votre ONG : organisez des évènements et participez aux évènements d’autres ONG ou missions permanents pour vous créer un réseau. Organisez des conférences de presse et des réunions informelles pour vous démarquer. Soyez proactifs.
  • Faites un suivi : Ne laissez pas votre travail durant les sessions être gâché. Gardez contact avec les missions permanentes et représentants d’ONG qui vous ont aidé. Informez les institutions nationales et régionales de toutes les décisions prises et des avancements faits. Maintenez les institutions internationales et les Etats informés d’implantations de décisions, ou de nouvelles problématiques.
  • Suivez et évaluez: Voyez ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, afin d’optimiser votre stratégie. Réunissez des informations et analyses-les, élaborez des améliorations. Assurez-vous que votre stratégie de plaidoyer évolue en parallèle de votre ONG.

Exemples concrets d’éléments à évaluer

    Coûts
  • Les bourses et donations reçues par des donateurs institutionnels ou non-institutionnels ont-elles été utilisées de manière efficace ? Les attentes des donateurs ont-elles crée des limites quant à l’usage des fonds ? Avez-vous reçu un financement non-anticipé au cours du projet ? (complément de bourse, donation individuelle)
  • Des acteurs supplémentaires vous ont-ils apporté un soutien financier supplémentaire ? (Ex: Missions permanentes pour les évènements parallèles, d’autres ONG pour la publicité)
  • Les coûts ont-ils respecté vos prévisions ? Si non, comment comptez vous améliorer ce point dans le futur ?
  • Y a-t-il eu des coûts supplémentaires non-anticipés qui ont influencé votre projet ? Auraient-ils pu être évités ?

  • Techniques de communication
  • Quelles interactions ont été les plus productives ? Entretiens en personne, emails, mailing, appels téléphoniques ?
  • Les médias sociaux vous ont-ils servi durant votre projet ? Les avez-vous utilisés pour créer des évènements, pour créer un réseau… ?
  • Avez-vous soumis des déclarations écrites ou orales pendant une conférence internationale ? Votre participation formelle au Conseil des droits de l’Homme ou autre conférence a-t-elle produit des résultats ?

  • Impact
  • Etes-vous parvenu à faire entrer votre cause dans une résolution ou une déclaration ? Y-a-t-il eu d’autres progrès à mentionner ?
  • Quelle a été la réaction globale à votre projet ? Y-a-t-il eu de fortes réactions en faveur où contre votre plaidoyer ? Celles-ci ont-elles influencé votre stratégie ?
  • Comment ce projet a-t-il influencé des vies sur le terrain ?

  • Création de réseau
  • Comment vos contacts établis dans le passé vous ont-ils aidé durant ce projet ? Avez-vous réussi à les utiliser en faveur de votre cause ?
  • Avez-vous créé de nouveaux contacts qui pourront vous aider dans le futur? Ces contacts peuvent être à l’ONU, dans des ONG, des délégués étatiques, journalistes, etc.

  • Spécificités régionales
  • Pendant votre plaidoyer, étiez-vous capable d’identifier les différences entre plusieurs acteurs (délégués d’Etats, d’ONG, membres d’organisations internationales) ou entre différentes régions ou pays ? Avez-vous pu adresser ces différences et surmonter ces difficultés ?